Aimer le bus pour sauver votre ville

Aimer le bus pour sauver votre ville

Lorsque l’on parle du transport du futur, les nouveautés nous paraissent toujours plus attrayantes. Mais les bonnes vieilles technologies n’ont pas dit leur dernier mot.

[Titre original : “Love the Bus, Save Your City”. Article traduit de l’anglais par Antoine Galluet, écrit par Laura Bliss pour CityLab]

Source : https://www.citylab.com/transportation/2018/05/love-the-bus-save-your-city/559262/

Que nous vient-il à l’esprit lorsque l’on pense au bus ? Pour beaucoup d’Américains, c’est un moyen de transport où les gens sont grognons, bruyants, toujours coincés dans le trafic, et on ne sait jamais quand il va arriver. C’est souvent la dernière option, celle quand la voiture est au garage. Il y a de fortes chances que vous ne vouliez pas le prendre et quand vous y êtes obligé, ça ne vous plait pas.

C’est pour ces raisons qu’il faut en parler. Le bus n’a jamais autant eu besoin d’amour. Le parent pauvre du transport n’a jamais eu autant de potentiel latent.

 

À cause des populations de plus en plus urbaines et des besoins de transports associés, le transport est maintenant le principal contributeur des émissions de gaz à effet de serre aux US. Presque 90% des personnes effectuant leurs trajets domicile — travail le font en voiture, et dans les villes densément peuplées ou le trafic est congestionné — i.e le temps, l’essence et l’argent perdu — c’est encore pire. Les villes cherchent de nouveaux moyens pour aider les gens à se déplacer avec moins de véhicules tout en laissant un plus faible impact sur l’environnement, c’est pour cela qu’on voit l’apparition de tramways, de VTC, de navettes autonomes, et bientôt de taxis aériens, et plus encore.

Tous ces moyens de transport ont leurs places aujourd’hui et dans le futur (excepté pour les hélicoptères; on peut laisser ça pour Die Hard). Mais trop de villes laissent de côté ce qui est indiscutablement le moyen de transport le moins cher et le plus flexible, qui de plus peut être mis en place dès aujourd’hui : le bus. Un bus peut prendre un grand nombre de voyageurs sur un espace au sol très réduit. Il n‘est pas nécessaire de mettre en place des infrastructures lourdes comme les priorités au feu (même si cela améliore la qualité de service). Il peut être mis en place et redirigé au besoin. Parmi tous les moyens de transport, le bus est le plus abordable pour les villes en termes de coût d’investissement, mais aussi de gestion et de maintenance.

Il n’y a aucune raison à ce que le bus soit le moyen de transport le moins en vue. On a juste tout fait pour qu’il le devienne. Au niveau du pays, des états et au niveau local, les budgets ont systématiquement priorisé les voitures comparées au transport public. Depuis la récession, beaucoup de lignes de bus au niveau du pays n’ont toujours pas été rétablies. C’est pour cela que le nombre de passagers dans le métro dans 31 des 35 plus grandes villes a baissé. Même des villes construites autour du transport comme L.A. et Denvervoient leur nombre de voyageurs baisser, en partie à cause du manque d’investissement dans le bus comparé au ferré.

Entre temps, comme le dit le consultant en transport Jarret Walter, la monté des applications de VTC Uber, Lyft et Via font croire que le transport du futur sera entièrement à la demande et que le transport public comme on le connait aujourd’hui va cesser d’exister. Vers le futur où nous allons, nous n’aurons plus besoin de bus : on prendra un Uber volant, un réseau souterrain de Tesla ou bien quelque chose qui n’a pas encore été inventé. Le vénérable bus, qui nous a aidé à nous déplacer depuis des siècles, ne fait pas partie de cette vague futuriste. Des banlieues en Floride, au Texas et en Californie commencent à remplacer de vieilles lignes de bus par des services de VTC à la demande et espèrent que cela va marcher. Des villes comme San Franscico et New York regardent du côté des minibus de 8 à 12 places, plus flexibles pour faire des navettes de “microtransit” qui suivent presque à l’identique les anciennes lignes de bus.

Le déclin du bus a été en partie attribué à la montée des VTC à la demande, alors que de moins en moins d’Américains qui ont les moyens choisissent le bus pour se déplacer. Et qui peut les blâmer ? Dans beaucoup de villes, les bus sont trop lents. Ils arrivent avec de grands écarts et quand ils sont là, 3 vous passent sous le nez en moins de deux minutes. Les lignes et les horaires datent de Mathusalem et sont immuables alors que la possibilité de voir leurs positions en temps réel sur son smartphone est un voeu pieux. Ils sont aussi trop souvent en panne et donc retard, plus de 17% des systèmes de bus sont tombés en panne à cause du manque de maintenance, d’après le rapport de la Federal Transit Administration. En d’autres mots, dans une ville bondée, on arrive plus vite à sa destination si on choisit un autre moyen de transport que le bus.

L’idée de base, une grosse boite qui transport des gens sur une route fixe, n’a jamais cessé de fonctionner.

Alors qui continue d’utiliser le bus ? Ceux qui le prennent pour aller au travail, faire du shopping ou voir le médecin sont en général plus pauvres que le voyageur moyen. Il y a beaucoup de personnes de couleur, renforçant ainsi encore plus la stigmatisation raciale associée au bus dans beaucoup de villes. Certains utilisateurs de bus le font car ils n’ont pas les moyens de prendre un Uber, ou bien parce qu’ils sont en fauteuil roulant, ou encore parcequ’ils n’ont pas de smartphone. Si vous avez peu d’options pour vous déplacer le bus reste donc votre meilleur choix.

Mais même si vous n’êtes pas un passager régulier, vous en aurez toujours besoin à un moment ou un autre. Il n’est pas difficile de comprendre comment en affaiblissant les réseaux de bus on favorise la montée des services des transports à la demande. Seulement, le problème est que les rues ne peuvent pas le supporter. Si vous tenez à la fluidité du réseau routier de votre ville, à comment l’économie locale se porte et au futur de la planète, alors vous tenez à votre réseau de bus. Et vous devez faire quelque chose pour que ce réseau s’améliore. Nous devons voir un réseau de bus comme une pièce maîtresse de l’infrastructure d’une ville et dont toute la ville devrait être fière, comme un signe de prestige et non de décadence.

Lorsque les flottes de bus sont traitées comme elles devraient, alors plus de personnes veulent les utiliser. Par exemple à Minneapolis sur “La Ligne”, les bus se sont soumises aux standards du transport ferré : ils ont la priorité aux feux, acceptent les passagers à toutes les portent et s’arrêtent tous les 500m et non plus à chaque intersection. Il en est de même pour beaucoup de villes qui ont suivi l’exemple de Houston, qui a complètement revu son réseau en 2015, lui permettant de voir sa fréquentation augmenter de 15 % le samedi entre autre. Washington, D.C., Los Angeles et New York City suivent tous le même exemple. Pour finir, peut-être les exemples les plus probants sont San Franscico, Phoenix et Seattle qui ont vu leurs fréquentations largement augmenter l’année dernière. Tout cela est dû à des plans et des fonds alloués à améliorer le réseau. Et c’est ce qui manque à la plupart des villes avec un réseau de bus en déclin.

C’est pour cela que CityLab lance Bus to the Future, une série d’articles qui met les bus au centre du débat du transport du futur. Nous voulons faire le point sur ce qui marche au sein des systèmes de bus aux US, avec comme postulat qu’il n’y a aucune raison pour laquelle un réseau de bus ne peut pas bien fonctionner. Quelles villes priorisent le plus les bus concernant les voies de circulation ? Quelle est la référence pour faire un réseau fiable et rapide ? Comment ces évolutions peuvent changer la vision que l’on a des transports dans le futur ?

Nous avons aussi prévu de regarder du côté des nouvelles technologies et comment celle-ci peuvent améliorer l’expérience du bus. L’automatisation arrive à grands pas dans le monde du transport, et elle va aussi changer le monde du bus. Des GPS plus précis et des smartphones peuvent faire du trajet en bus (et son attente) un moment plus agréable et plus prévisible. Les bus électriques peuvent résoudre le problème du bruit et de la pollution. L’idée n’est pas de devenir un anti-Uber ou tout autre nouveau moyen de transport. Le transport à la demande est déjà implémenté, ils ne seront pas bannis et il ne devraient pas l’être, car ils font partie de l’équation. Mais le bus est là pour rester.

Après tout, on peut voir que même si l’on demande aux exploitants de réseau de transport de devenir de plus en plus comme Uber et Lyft, ceux là même reprennent de plus en plus des concepts du bus. Les deux entreprises ont maintenant des “navettes” et des “lignes” qui suivent des routes prédéfinies lors des heures de pointe, exactement comme des bus. Il est essentiel pour ces statuts pour devenir rentable de remplir plus leur voiture, et devenir comme des sortes de minibus. L’idée de base, une grosse boite qui transporte des gens sur une route fixe, n’a jamais cessé de fonctionner.

Il est maintenant temps d’améliorer grandement l’image du bus.